GERES : Forum nutrition en Mongolie

La veille du forum nutrition, dans les cuisines d’une école de Chuluut.

 

Le  16 août 2017, un forum nutrition co-organisé par le GERES et Santé Sud s’est déroulé à Chuluut, un petit village de l’Arkhangaï à 3h de Tsetserleg. Dans le cadre d’un travail sur le long terme, cette journée à l’allure plus festive avait pour but de sensibiliser le public aux effets bénéfiques sur la santé d’une alimentation équilibrée.

Le centre médico-social du village joue ici un rôle particulièrement important. Il est en effet très impliqué dans la démarche et relaie au quotidien des informations sur la nutrition auprès des patients. Depuis cette année l’établissement accueille même sur son terrain une serre solaire passive, gérée par les médecins avec l’appui des agronomes du GERES. La symbolique de cet engagement est forte, et les résultats concrètement observables par tous les habitants du village. En parallèle des légumes qui sont cultivés dans la serre, des arbres ont aussi été plantés cette année : des cassissiers et des argousiers, ces derniers étant particulièrement adaptés au climat mongol.

 

 

En amont du forum il a fallu préparer de quoi régaler la centaines d’invités attendus, tâche à laquelle se sont attelées bénévolement une dizaine de cuisinières locales. Au menu de nombreuses recettes végétariennes inspirées pour certaines des plats traditionnels locaux, comme les fameux “buuz”. Ces grosses ravioles maisons, très populaires en Mongolie, sont habituellement garnies d’une farce à la viande et aux oignons. La recette était pour l’occasion fortement enrichies de légumes, tout en gardant un petit peu de viande (quand même !). Un délice… qui a rencontré un grand succès lors de la dégustation.

 

En fin de journée une réunion debriefing a permis de recueillir les retours, sur le forum et plus généralement sur les actions au long terme du GERES Mongolie. Quatre représentants des hôpitaux voisins étaient présents, très intéressés par la démarche de Chuluut.

La directrice régionale de la santé ouvre la discussion. Selon elle l’importance du GERES est capitale dans le développement de l’agriculture locale. Elle souligne également l’importance des soutiens financiers.
Le gouverneur du sum de Chuluut continue, très positif aussi : le GERES aide à montrer que faire pousser des légumes sous leur climat est possible. Il relève aussi l’intérêt du positionnement de la serre sur le centre médico-social, un emplacement stratégique pour la diffusion au grand public. Il semble convaincu de l’importance des légumes dans un régime alimentaire de qualité.
Le directeur régional de l’agriculture renchérit : la serre attenante à l’établissement n’est pas dans une logique de rentabilité économique, il est donc plus facile de se concentrer sur l’aspect santé.
La directrice de la maison de santé de Chuluut, fortement impliquée dans le projet, a déjà commencé à utiliser les légumes produits dans la serre pour traiter ses patients (par exemple du jus d’artichaut, connu pour ses propriétés diurétiques).
Le chef de projet du GERES Mongolie intervient à son tour, commençant par remercier tous les intervenants précédents. Il rappelle le challenge autour de la serre bioclimatique du centre médico-social : est-il concrètement possible que le centre gère au quotidien la serre et les légumes en plein champs tout en s’en servant pour améliorer le soin aux patients ? Afin de voir si l’autonomie est réellement possible et pour éviter de falsifier les résultats, le GERES n’a intentionnellement pas fourni d’aide en terme de personnel. Cette expérience est une première : tout l’intérêt est de voir si elle est viable et éventuellement duplicable ailleurs.
Les représentants des centres voisins sont invités à échanger avec le personnel de la maison de santé de Chuluut, à apprendre de leur expérience. Le GERES peut également être sollicité pour les questions concernant la construction des serres et leur coût. Selon le chef de projet du GERES Mongolie, à partir du moment où des gens sont motivés, il sera toujours possible de trouver des financements…
Une description des critères de sélection pour les prochains bénéficiaires du GERES conclue la réunion : des agriculteurs avec déjà un peu d’expérience notamment dans les champs, avec une surface de terrain suffisante et qui soient capables de co-financer l’installation de la serre bioclimatique.

 

La serre bioclimatique

La construction d’une serre bioclimatique dans le Khentii, Mongolie.

Serre bioclimatique : quelles différences avec une serre classique ?

L’une des actions phares du GERES Mongolie est d’aider techniquement et financièrement les agriculteurs dans la construction de serres bioclimatiques également appelées serres solaires passives. En effet du fait du climat continental extrême, la période de production agricole dans ce pays est courte : pas plus de 4 mois par an. Il en résulte une dépendance pour l’approvisionnement en légumes auprès de la Chine et de la Russie ainsi qu’une diversification alimentaire limitée. Le grand atout de ces serres bioclimatiques est qu’elles permettent d’étendre la période de production allant jusqu’à la doubler.

Le principe

La Mongolie est un pays avec un fort taux d’ensoleillement (de 60% à 70%) malgré les températures qui peuvent être très basses. C’est pourquoi cette serre y est particulièrement adaptée.

 

Le fonctionnement d’une serre bioclimatique (source : apte-asso.org)

Comparée aux serres classiques (armature métallique ou en bois + revêtement plastique), une serre bio-climatique présente les différences suivantes :
– la partie orientée nord est construite en dur, généralement un mur vertical de briques creuses remplies de terre pour l’isolation*.
– la moitié du toit est également en dur, incliné avec plusieurs fenêtres permettant de générer une circulation de l’air si besoin (particulièrement en été).
– les parois est et ouest sont aussi en briques et permettent la circulation de l’air : d’un côté la porte, de l’autre côté une fenêtre.
– le reste de la structure (orientée sud donc) est couverte par une bâche plastique.

L’énergie solaire captée dans la journée est en partie stockée par le mur de la serre. Ce dernier restituera aux cultures la chaleur accumulée pendant la nuit ou les jours nuageux. Ainsi il devient non seulement possible de produire sur une plus longue période, mais aussi de préparer ses semis dès le printemps et de prolonger la saison jusque dans un automne bien avancé.

Choisir l’emplacement de la serre

Avant d’installer une serre bioclimatique, certains critères essentiels doivent être pris en compte :
– le terrain doit être plat ou orienté sud.
– les conditions pédoclimatiques du sol doivent être un minimum favorables à l’agriculture.
– un système d’irrigation doit être facilement accessible durant toute la saison.
– l’emplacement doit permettre un ensoleillement d’au moins 6h par jour entre mars et novembre.

Concernant ce dernier point, il faut particulièrement veiller aux “obstacles au soleil” pouvant apporter de l’ombre sur la serre : montagnes voisines, immeubles, maison… quelques calculs simples peuvent éviter de petites erreurs qui auraient un grand impact.
Par exemple si une yourte de 3 mètres de hauteur se trouve en face de la serre, cette dernière doit se trouver à une distance égale à 2 fois la hauteur de l’habitation, soit 6 mètres.

Pour plus de détails vous pouvez aussi consulter l’article de l’Association pour la Promotion des Techniques Écologiques sur le sujet !

 

* Cette méthode est celle qui est généralement appliquée en Mongolie, mais concrètement d’autres matériaux et d’autres méthodes d’isolation existent.

Une ONG en Mongolie : le GERES

À l’intérieur d’une serre solaire passive dans le Khentii, en Mongolie. Un mur isolant et restituant de la chaleur est orienté nord, et une bâche en polyéthylène dirigée vers le sud potentialise l’énergie solaire.

Le GERES : une ONG française engagée pour un développement rural durable

Le GERES (pour “Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarité”) est présent dans deux régions en Mongolie : l’Arkhangaï et le Khentii. Leur mission est de parvenir à développer la filière maraîchère, dans ce pays où les légumes sont encore généralement peu mis en valeur. Le régime alimentaire traditionnel se compose principalement de produits laitiers et de viande, les morceaux les plus gras et les abats étant particulièrement plébiscités… il est courant de trouver des carottes, des oignons, des pommes de terre et des choux en accompagnement, mais en petites quantités. Même si le métabolisme des mongols s’est en partie adapté à cette alimentation, reste qu’à partir de 50 ans ils déclarent souvent des problèmes de santé qui seraient directement liés à la surconsommation de protéines animales et au manque de diversité dans l’alimentation.

La mise en place d’une filière maraîchère durable implique de réussir à mobiliser toute une chaîne d’acteurs qui puissent interagir efficacement et dans le temps. Le GERES déploie en ce sens une stratégie qui donne des impulsions dans différentes directions : soutien au développement des petits producteurs mais aussi à l’agrandissement de certains, ce qui a pour externalité positive d’alimenter l’investissement privé. Par exemple, lorsque le GERES finance à 50% la construction d’une nouvelle serre et que l’agriculteur apporte le reste du financement, cela donne du travail à toute une équipe de maçons pour plusieurs mois. (Petite parenthèse, il serait d’ailleurs plus juste de parler d’agricultrices que d’agriculteurs, car dans cette profession en Mongolie ce sont les femmes qui occupent le devant de la scène !).

L’un des grande contribution du GERES consiste effectivement à diffuser la construction de serres solaires passives. Spécialement conçues pour protéger des grands froids et potentialiser au maximum l’énergie solaire, elles permettent d’étendre la période de production de plusieurs mois. Un résultat important dans ce pays où les températures extrêmes permettent de cultiver en plein champ seulement 4 mois dans l’année.
L’ONG a également introduit la production de légumes au sein de plusieurs écoles pilotes, et travaille actuellement à la mise en place d’une formation technique spécialisée dans le maraîchage. Pour l’instant au lycée technique d’Ondorkhan (la plus grande ville du Khentii, région nord-est d’Oulan-Bator), seules des formations tournées vers l’élevage existent. La prison locale s’est également vue dotée d’une parcelle de légumes sur laquelle les détenus peuvent s’exercer, et par la même occasion obtenir une remise de peine.

Le maraîchage en Mongolie

De la fin XVIIème siècle jusqu’au début du Xxème siècle, la Mongolie était sous domination Mandchou. La diaspora chinoise qui s’installa alors sur le territoire mongol apporta avec elle la culture des légumes (voir ici).
Plus tard lorsque les Bouriates, des nomades traditionnellement installés dans la région du lac Baikal, se mirent à fuir la guerre civile russe (1917-1921), certains s’installèrent dans le nord de la Mongolie. Ils transmirent alors leurs connaissances aux locaux sur les cultures potagères. Malheureusement ce savoir se perdit rapidement pendant la période de centralisation de la production, sous l’Union Soviétique. Il n’était théoriquement pas interdit d’avoir un potager à soi, mais l’emploi du temps décidé par les coopératives ne laissaient pas suffisamment de temps libre pour pouvoir s’en occuper.
À la chute de l’Union Soviétique après 70 ans de tutelle russe, les productions végétales diminuèrent fortement en Mongolie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors que dans les années 1990 la Mongolie était autonome en céréales, pommes de terre et légumes, dans les années 2000 elle ne produisait plus que 25% de ses besoins en blé, 40% de ses besoins en légumes et 70% pour les pommes de terre.

Caractéristiques pédologiques générales en Mongolie :

– présence sporadique d’un permafrost* de 0,5m à 2,5m
– formation du sol principalement sous des températures négatives
– période d’activité biologique très courte (3 à 5 mois/an)
– processus de dégradation chimique lent
– accumulation de carbone dans les sols des steppes
– sols pierreux avec une accumulation de couches de matière organique

* le permafrost (ou pergélisol) est un terme géologique qui désigne un sol dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de deux ans consécutifs. Il représente 20% de la surface terrestre de la planète. Le permafrost est recouvert par une couche de terre, appelée « zone active », qui dégèle en été et permet ainsi le développement de la végétation.