Community Based Tourism : l’histoire d’un éco-tourisme naissant dans la région de Jalal-Abad

Le Community Based Tourism (CBT) est un réseau kirghize qui promeut le tourisme durable. Comme ils l’expliquent sur leur site internet, leur objectif principal est “d’améliorer les conditions de vie des habitants de régions isolées montagneuses, en développant le tourisme rural dans le respect de l’environnement et de la culture locale”. Avec le support de l’ONG Helvetas Swiss Intercooperation, des bureaux “CBT” ont commencé à apparaître dans les années 2000 dans les principaux endroits touristiques. L’idée était de mettre en contact les touristes en recherche de logement et des locaux qui pouvaient les héberger chez eux.
Comparé aux offres traditionnelles d’hébergment comme les hôtels ou auberges de jeunesse, le logement chez l’habitant est une chance unique de pouvoir voir et comprendre plus en profondeur la culture kirghize. Les salariés du CBT parlent anglais couramment, et étant donné que ça n’est pas le cas de nombreux kirghizes, ils peuvent être de bon secours lorsque vous arrivez dans de nouveaux endroits inconnus. En dehors de l’hébergement, ils sont aussi capables de vous donner toutes les informations nécessaires sur les activités touristiques de la région.

Lors de mon séjour à Kirov (un petit village proche de Jalal-Abad) j’ai rencontré Shahnoza, l’une des membre du réseau de maisons d’accueil du CBT de Jalal-Abad. Travaillant comme professeur d’anglais privée, elle est aussi mère de 4 enfants âgés de 3 à 10 ans. Étant hébergée par des membres de sa famille dans une autre maison du village, je lui ai rendu visite dans sa grande maison lors d’un après-midi. Elle m’a accueillie avec du thé, un délicieux miel local et de la confiture maison prête à étaler sur le pain local “tandoor bread”… une mise en condition parfaite pour discuter de ses débuts au CBT.


Depuis la cour intérieure de la maison de Shanoza.

“En 2000 j’entrais à l’université. Mon père travaillait avec l’ONG Helvetas Swiss Intercooperation et il m’a parlé de cette nouvelle organisation qui se mettait en place au Kirghizstan : le Community Based Tourism. Puis un bureau CBT a été ouvert à Jalal-Abad par une femme d’ici, Ruhsora. Je l’ai contacté, nous nous sommes bien entendues et rapidement j’ai commencé à travailler là-bas. À cette époque je vivais encore chez mes parents et j’ai moi-même accueilli des touristes là-bas via le CBT. Mais après quand je me suis mariée et que j’ai quitté la maison j’ai dû stopper cette activité… avec mon mari nous étions très occupés avec la construction de la maison et plus tard avec nos jeunes enfants.”

Mais l’année dernière Ruhsora l’a rappelée. Plusieurs touristes intéressés par l’agro-tourisme étaient passés par le bureau du CBT récemment : ils voulaient rencontrer les agriculteurs et voir leurs champs, en savoir plus sur la vie dans les villages. “Elle m’a demandé si je voulais réintégrer le CBT. Mes enfants n’étaient plus en bas-âge, et j’aimais vraiment l’idée de faire à nouveau partie du réseau. J’ai donc commencé à accueillir des personnes dans notre propre maison”. L’année dernière elle a participé à un stage spécialement organisé sur le thème de l’accueil touristique en milieu rural. Puis avant qu’elle ne puisse commencer à accueillir des touristes, des personnes du siège du CBT lui ont rendu visite, comme ils le font annuellement pour chaque maison membre du réseau. Conformément à l’accueil qu’elle est en mesure de proposer,  “deux eldelweiss” lui ont été attribuées, sur une échelle de 1 à 3. 

Lorsque Shanoza exprime son ressenti sur le Community Based Tourism, elle souligne les impacts positifs sur la vie de famille, en particulier pour les femmes : “Cela permet aux familles de percevoir un revenu sans que les femmes n’aient à se rendre dans des endroits trop éloignés. Ici la responsabilité d’élever les enfants revient aux mères, et c’est important pour elles de prendre soin d’eux.” Tout en permettant la cohésion familiale, cette forme d’accueil est une source d’épanouissement personnel : “quand nous (les femmes) recevons des touristes chez nous et qu’ils sont reconnaissants de l’accueil que nous leur faisons, nous ressentons une forme d’accomplissement, un sentiment d’appartenance à la société. C’est aussi une chance pour nous, et encore plus pour les enfants, de rencontrer des personnes issues d’autres cultures”.

Du fait que la maison de Shanoza soit située dans un petit village à 20 minutes de Jalal-Abad, il n’est pas toujours facile de faire venir les touristes. Beaucoup d’entre eux pensent encore qu’il sera plus facile de rester dans la grande ville. Pourtant sur ce point je peux témoigner puisque je suis restée plus deux semaines dans ce même village : c’est vraiment faisable ! Il y a des marshrutkas (mini-bus) qui assurent la liaison entre Jalal-Abad et Kirov toute la journée, tout ce dont vous avez besoin c’est de savoir où les prendre ou éventuellement de savoir quoi dire au chauffeur de taxi si vous préférez cette solution (adresses au bas de l’article). Enfin pour les personnes qui arriveraient en voiture, la maison est facile à trouver de par sa situation proche de la grande route nommée “Osh-Bishkek”.

Jusqu’à présent Shahnoza a seulement accueilli des touristes pendant la principale saison touristique (de mai à septembre) mais pour elle ça n’est pas un problème si certains veulent venir en dehors de cette période, du moment qu’ils l’appellent quelques jours auparavant. Une fois sur place elle propose de nombreuses activités : “Je peux par exemple leur apprendre comment coudre nos traditionnelles nattes appelées “tushuk”, comment cuisiner nos plats locaux ou encore comment cuire notre pain dans le four spécial, le “tandoor”. Je peux aussi leur organiser des balades à cheval ou à dos d’âne, des rencontres avec les agriculteurs locaux qui seront heureux de leur montrer leurs champs. Ils peuvent aussi se promener pour voir le village par eux-mêmes s’ils le souhaitent”. La formule habituelle du CBT comprend la nuit et le petit-déjeuner, mais là encore Shahnoza est flexible : “je dois de toute façon cuisiner pour ma famille, alors si mes clients veulent aussi déjeuner et/ou dîner ça n’est pas un problème ! Pour le petit-déjeuner je prépare une table avec du jus de fruits frais, du miel local, de la confiture maison, des fruits secs, du pain au tandoor et bien sûr le traditionnel thé”. Les touristes peuvent également faire le choix de rester avec la famille pour dormir ou préférer une chambre privée, sans surcoût.

Enfin, Shahnoza m’a parlé d’une option qui pourrait être très intéressante pour les petits budgets tentés par une expérience au long cours dans une famille locale : il est possible de rester en tant que volontaire pour un moment, d’aider de différentes manières dans la maison et d’être logée et nourrie gratuitement en échange. Cette proposition ne serait cependant que pour les jeunes filles ou les femmes.

(photos fournies par Shahnoza)

Shahnoza’adress :
Shahnoza Arapova
Street Abdurahmanov, 20.
Jalal-Abad region, Suzak rayon, Yar-Kishlak village (or Kirov village. The two can be used. If you take marshrutkas search for Kirov rather than Yar-Kishlak)
Mobile phone : 0550 85 86 83

Le bureau du CBT à Jalal-Abad :
Ms. Ruhsora Abdullaeva, coordinator
#3, 20 Toktogula St., Jalalabat town, Jalalabat Oblast, Kyrgyzstan
phone: + 996 3722 21962 , + 996 772 376602 (mobile)
e-mail: cbt_ja@rambler.ru

Où prendre les marshrutkas ou les taxis depuis Jalal-Abad vers Kirov :
(pour savoir exactement où descendre le mieux est de contacter Shahnoza directement. Essayez de faire en sorte d’avoir une application avec des cartes disponibles hors-ligne -comme Maps.me-, ça vous aidera bien !) 

Le point de repère gris Google indique l’emplacement du parking où se trouvent les marshrutkas et les taxis. Sur la droite on aperçoit la rue Toktogul où se trouve le bureau du CBT.

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